Travaux d’étudiants

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19 juin

#37 Hommages aux routes de la soie

Printemps 2014
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6 juin

Yan Bonnevialle

Sous les hauts plafonds

sont tombées mille feuilles

au creux d’une main

.......

Marron, bleu, marron

bataillon de champignons

bientôt brûlerons

........

La voile au vent

se gonfle d’histoire, tend

et tire sur son mât

........

22 mai

Fanny Devoize

Je vous recommande ce compte-rendu de lecture particulièrement inventif.
Catherine W.

Je lis les premiers mots de L’Étranger d’Albert Camus : « AUJOURD’HUI, maman est morte. » Enfin non, les premiers mots que je lis, écrits à la main, sont :

1) Mort de sa mère 2) Veillée de sa mère 3) Enterrement

Ces mots sont notés en haut de la page. L’encre est bleue. L’écriture manuscrite est fine et marquée. Je comprends par la suite qu’ils résument le premier chapitre.
Sur les feuilles jaunies de ce livre de poche, je retrouve d’autres mots écrits à l’encre bleue.
Quelques notes se rapportent au premier paragraphe du livre :

«AUJOURD’HUI, maman est morte.Ou peut-être hier, je ne sais pas. J’ai reçu un télégramme de l’asile : Mère décédée. Enterrement demain. Sentiments distingués.Cela ne veut rien dire. C’était peut-être hier. »

Dans la marge de gauche, ces notes sont écrites suivant un angle à 45° :

indifférent

il n’a pas de sentiment particulier

Dans la marge de droite qui est plus spacieuse, ces mots sont notés naturellement, sans inclinaison :

volonté de dire la vérité toute simple

D’autres notes, sont écrites entre les lignes, proches de mots soulignés avec cette même encre bleue : « Cela ne veut rien dire. »
contre les phrases toutes faites

Je poursuis ma lecture et l’écriture manuscrite m’accompagne ponctuellement dans les marges
devoir à faire, situation absurde, il vit dans l’instant, il ne dit jamais rien, les autres parlent, absurdité des gestes... Je la retrouve aussi sous certains mots : « On n’a qu’une mère. », « étourdi », « assoupi » ...
Puis, plus rien. Seule l’encre noire imprimée, fade, défile sous mes yeux.
Une page. Je continue de lire, mais j’attends l’écriture bleue...
Trois pages. Meursault est en train de veiller sa mère. Il est fatigué... Je guette.
Dix pages. Il est déjà en train de suivre le corbillard. Il a chaud... Je m’impatiente.
Treize pages. Je
l’aperçois à nouveau, enfin. Deux simples traits :
- horizontal, pour souligner : « je comprenais maman. »
- vertical, dans la marge, pour relever toute une phrase : « Aujourd’hui, le soleil débordant qui faisait

tressaillir le paysage le rendait inhumain et déprimant. »

Betty est la sœur de ma mère. Je ne l’ai pas connue. Je l’ai vue sur quelques photos. Surtout une, dans le couloir de l’appartement de ma grand-mère. Sur cette photo, elle porte des lunettes, elle a de longs cheveux noirs qui entourent un visage souriant ; elle m’apparait pensive et sereine. Il y a trente ans, Betty est morte. C’était son livre que je tenais dans les mains. Je ne l’ai pas connue mais j’ai l’impression de l’avoir rencontrée durant cette lecture.


17 mai

Laura Pastior

Je me souviens de mon chat attaquant le sapin de noël : il attaque toujours les choses qui brillent et cette fois il a cassé quelques boules. Ma mère a piqué une colère.

Je me souviens m’être mordu la langue : j’avais couru dans notre couloir en marbre, qui était évidemment glissant. Une nuit avant de partir en Crète.

Je me souviens de l’été où on a eu un nid de guêpes tout au fond du jardin : je ne pouvais pas utiliser le portillon du jardin pour aller jouer avec ma meilleure copine. Je devais faire le tour de toutes les maisons mitoyennes pour arriver à celle dans laquelle elle habitait.

Je me souviens des jours de lecture : je les passais au lit ou sur le canapé, seulement interrompue par la pause déjeuner ou la pause pipi : je lisais alors un ou deux livres par jour.

Je me souviens du pic-vert dans notre cage d’escalier : un jour, mon chat encore petit, l’a attrapé et lorsqu’il l’a lâché, voletant dans tous les sens, le pic-vert arrosait tout de son sang.

Je me souviens des jours dans la cuisine de ma grand-mère : je l’aidais à faire une des cinq recettes qu’elle avait maîtrisées au cours des années. La meilleure était sa ‘Kaiserschmarrn’, je n’en ai jamais goûté de meilleure.

Je me souviens des heures interminables sur la banquette arrière de la voiture : nous revenions du sud de la France. J’étais coincée entre des quantités énormes des cartons de vin, presque incapable de bouger.

Je me souviens de ma première prof de français : elle se plaignait des escaliers mécaniques à Paris qui étaient parfois très étroits. Ma prof était petite et très corpulente.

Je me souviens de me souvenir des histoires en désordre : de mon enfance, de ma grand-mère, de mon chat, de nos voyages, de mon école. Un grand fouillis de souvenirs.

6 mai

Julie Salou

Je me souviens

Je me souviens du patois corrézien à l’accent roulé et rapide.

Je me souviens des mains de travailleur : noires et rugueuses.

Je me souviens des cris et des cloches qui annoncent le passage des troupeaux.

Je me souviens que la tête des vipères est triangulaire et que celle des couleuvres est ovale.

Je me souviens des corvées de bois trois fois par jour, surtout celle du matin quand il gèle encore.

Je me souviens que mon père disparaissait des heures en forêt sur ses coins à champignon et qu’il avait choisi la couleur de sa voiture pour qu’elle soit discrète en lisière.

Je me souviens du signe de croix au couteau quand on entame une miche de pain et le verre en plus en bout de table pour le passant (le plus souvent le facteur pendant sa tournée).

Je me souviens du couteau de la voisine dont la lame était trouée, rongée par l’oignon.

Je me souviens des poils au menton de la bouchère et du « bleu du rasage » sur ses joues.

Je me souviens de la pellicule visqueuse sur la peau en sortant du lac, la piscine du village.

Je me souviens du cimetière et de ces emplacements sans pierre tombale, la terre juste retournée faute d’argent.

Je me souviens du regard compatissant des voisins quand on leur parlait de Paris.

6 mai

Julie Salou

Le Khyber Pass

Le paysage est désertique. Vallonné. L’est de l’Afghanistan se floute sous cette pluie battante. Il pleut depuis des heures. L’air est lourd, chaud. Les animaux se sont mis à l’abri. La route essaie d’exister entre des rivières improvisées. La voiture, là, dans la vallée, peine à redémarrer, elle s’est embourbée. Des projections de boue cachent la couleur de la carrosserie. Elle se dirige vers la frontière qui n’est plus très loin. Il reste à franchir tout de même le col du Khyber Pass. Mais quel col ! Par ce temps, c’est un défi !

Le véhicule hurle lorsqu’il entame enfin le dénivelé. Le moteur chauffe durant la montée. Puis dans un dernier effort, la voiture débouche sur un plateau. La frontière. Une respiration.

Derrière les fenêtres éclairées du bâtiment de la douane, on aperçoit des silhouettes. Une porte s’ouvre. Un homme encapuchonné maintient sa veste la plus étanche possible. D’un léger signe de la main, il impose l’ouverture des fenêtres. Derrière ces dernières, deux visages européens apparaissent, un homme et une femme. L’odeur de la terre imbibée entre dans l’habitacle. Ils sourient. Il faut dire qu’ils l’ont fait, la montée ! Mais le visage du douanier reste fermé. Il mâche, l’œil vide. Il attend les deux passeports français que l’homme finit par lui tendre. L’Afghan les saisit, tourne les talons et s’éloigne vers le bâtiment. Les visages du couple s’inquiètent, se tendent.

Soudain, un homme en manteau sort de nulle part. Il s’approche de la place du mort où la femme est installée. Elle est surprise. Elle ne comprend pas les phrases en pachtou qu’il lui crie. Elle le fixe désemparée. Il ouvre alors son manteau. Un arsenal et des sachets de drogue sont fixés à sa doublure. Les Français refusent. Il insiste. Mais c’est le moment que choisit le douanier pour réapparaître et d’un regard faire s’évaporer le vendeur. Après que les touristes ont récupéré leurs papiers et l’autorisation de passer la frontière, la voiture redémarre.

Les vitres se referment sur deux visages abasourdis, mais soulagés.


3 mai

Mathilde Cornu

Je me souviens de nos gilets de sauvetage, beaucoup trop grands pour nous, et de ma mère qui nous tenait fermement contre elle.

Je me souviens des manœuvres au port pour ravitailler le bateau en fuel et du placement parfait que nous devions occuper mon frère et moi, pour ne pas déranger.

Je me souviens d’avoir fièrement tenu la barre, assise sur les genoux de mon père, persuadée d’être aux commandes.

Je me souviens de ce large t-shirt que je devais garder toute la journée sur moi, y compris pour me baigner, de batailler pour enfiler mes palmes et descendre tout au fond.

Je me souviens de ce silence, ce silence énorme qui régnait en bas, des longues ondulations qui me permettaient de frôler le sable la tête tournée vers la surface.

Je me souviens de cette aisance une fois sous l’eau et des heures entières passées sous la coque mais aussi de ma peur panique de l’hélice.

Je me souviens surtout des odeurs, l’odeur de la peau chaude, chauffée au soleil et salée par la mer ; l’odeur de l’écran total et aussi de la Biafine après la douche.

Je me souviens de l’odeur du plastique neuf des brassards qui nous comprimaient les bras mais nous donnaient des allures d’athlète.

Je me souviens du parfum des amis de mes parents, que je distingue encore dans la foule, et de l’eau de Cologne 4711 de mon père, qu’il m’arrive de porter parfois.

24 avril

Manon Vancoillie

tous ces millions de fenêtres,

tous les mêmes volets

tous

blancs

tous

quatre fentes en haut

quatre fentes en bas

tous le même loquet et

tous les mêmes trucs

tous accrochés au mur pour que

tous ne s’envolent pas pour que

tous ne claquent pas pour que

tous soient tous pareils

tous ouverts ou

tous fermés

jamais que le vent les affole

tous

jamais qu’ils claquent

tous ensemble

jamais qu’ils nous assourdissent

tous

tous derrière ces millions de fenêtres