Travaux d’étudiants

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16 juin

#44 Monades urbaines

Semestre Printemps 2015
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13 mai

Adrien Jetin

Herbes hautes.

Droit, raide, tout proche. Pull over rouge à gros boutons, cheveux balancés par le vent, bouille ronde d’un enfant de dix ans.

Reste stoïque. S’adressant à, qui peut savoir ? Appelant, qui peut savoir ?

Derrière le gamin, la route. Déserte. La route de campagne traverse le cadre, diagonale fuyante. Des poteaux plantés au bord de l’asphalte : verticaux, rigoureux. Flou de l’image laisse entrevoir les bâtiments : entrelacés, cachés. Cachés par les arbres denses, feuillus.

La lumière basse du matin divise en ombres portées.

Petit Prince au pull over rouge.


(d'après une photo de William Eggleston)

30 avril

Annabelle Rougemont

- Pourquoi tu me regardes comme ça ?

- Je te regarde comment ?

- Comme si tu m’en voulais.

- Je ne t’en veux pas.

- Tu n’as pas dormi ?

- Non je n’ai pas dormi.

- Ça se voit.

- Je veux rentrer, je suis fatiguée.

- Je sais que tu ne veux pas y aller mais c’est important.

- C’est facile de dire ça, toi tu as dormi.

- Donc tu m’en veux ?

- Non, je ne t’en veux pas.

- Ah, il arrive. Enfin.

Bonjour. Deux tickets s’il vous plaît.

Tu as de la monnaie Claire ?

- Non.

- Alors, qu’est ce qu’on fait ?

- On reste encore un peu. Le dialogue n’est pas assez long.

- On continue à parler ?

- Oui. Dis moi un truc.

- On n’a qu’à recommencer.

Tu m’en veux ?

- Non, je ne t’en veux pas.

26 avril

Tom Klapisz

Carnet de bord (voyage à Porto)

Jeudi 19 Mars


Vingt heures ; l'air est doux. Les sept minutes d'attente pour le métro nous agitent. Marquès ; pas de plan de quartier. Nos captures d'écran nous guident. Sur la place, le bruit des roues qui cognent le pavé, résonne.

L'heure des vacances.


Vendredi 20 Mars


Dix heures du matin. On a déjà un premier aperçu de la ville. Trente minutes de marche.

La R.A.T.P. vient de perdre sa crédibilité dans son seul point fort. Le carrelage. Ici les façades ont les même carreaux ; même dimension, même forme. Seulement là, chaque faïence est unique grâce à leur couleur. Les bâtiments sont roses, orange, verts, jaunes. Ils sont vivants. La trajectoire du soleil et nos propres déplacements leurs donnent du mouvement.

Sur la place. Les professeurs sont arrivés. Les élèves au complet. Top départ.

Les oreilles grandes ouvertes, les yeux vifs prêts à chercher, l'appareil photo entre les mains prêt à trouver.

On descend à gauche, à droite, ça monte. Encore en bas. Des petites rues isolées et étroites et pourtant si vivantes. Parfois une rue acceptant des voitures, désertées sauf par les panneaux de vente d'appartement : « vende-se ».

Une vue sur Porto. On zigzague toujours à l'horizontale comme à la verticale. Une vue sur Nova de Gaïa. Encore plus bas, les quais. Une pause. Direction un restaurant. Objectif poissons ou spécialités locales pour la plupart. Soleil, bouteille de vin et franceshina. L'échappée est à son maximum. Pourtant aujourd'hui, jour du printemps, ma famille est réunie au Père Lachaise. Quatre ans de manques. Quatre larmes ont réussi à s'échapper. Le cadre qui m'entoure me ramène au présent. Le but de ce voyage, pour moi. La visite restant le principal. L'après-midi plus lente. La digestion y oblige. Les jambes restent sollicitées. La fin de journée est proche. Le pas est encore plus mou. Pourtant le dernier chapitre est souvent le plus explicite. La bête de Porto : Casa da Musica. Rencontre avec un bâtiment d'un autre type. Souvent pris en référence dans plusieurs cours. Rem Koolhaas à su donner un point de repère à la ville moderne. C'était il y a déjà dix ans.

Ma nuit fut courte. Elle n'est plus dans ma mémoire.


Samedi 21


Réveil en sursaut. L'odeur de l'alcool plane dans la pièce. J'ai de l'énergie à revendre. Mes camarades risquent de ne pas supporter.

Dans le car une majorité semble fatiguée. Les vapeurs d'alcool qui émanent de mon corps me montent à la tête. La visite va être longue et assommante.

La piscine de Siza. Pas d'eau. Pas de baignade. Grosse déception. Le guide parle anglais. Mon niveau de compréhension étant proche de zéro je peux me cacher derrière mon appareil photo. L'architecture splendide et nos corps fatigués de la nuit passée sont en opposition.

Maintenant le restaurant de Siza. Tout est pensé. Les matériaux, les ouvertures. Tout concorde, mais nous ne mangerons pas ici. Les visites n'en n'ont pas fini avec nous. Appartements de luxe, piscine et parking de luxe. M. Gonçalves nous à tout détaillé. Trop détaillé. C'est comme ça depuis le début, pas moyen de flâner et de se faire sa propre idée. On fuit. Retour à Casa da Musica. Un centre commercial pas loin. Une douzaine de stands pour manger. Terrasse au soleil. Plus de motivation. Notre après midi sera consacrée au repos. Il faut apprécier cette ville à sa juste valeur. Comme le ferait un portugais. Avec du temps. Prendre plaisir à gaspiller son temps. C'est la première fois que je vois ça. Le temps n'est pas compté ici. Tout du moins on ne le ressent pas.

Le soir est consacré à une sortie dans les rues branchées de Porto. Les deux groupes sont réunis. L'ambiance est chaleureuse. Tout le monde se parle et se mélange.


Dimanche 22


Neuf heures, le réveil est plus difficile. Cette fois-ci, c'est la fatigue. Encore un bâtiment de Siza. Toujours autant de précision et finesse. La visite est plus calme que les autres. Une grande partie du groupe manque a l'appel. On fuit les professeurs pour faire notre propre visite. L'art contemporain me rend nerveux. L'architecture m'apaise. Le jardin du musée qui s'étale à perte de vue nous laisse rêveurs. L'après-midi est libre. A nous de choisir l'endroit de visite. Là plusieurs groupes ont choisi le même. Celui qui manque à tous. Nova de Gaïa. Les usines amassées les unes sur les autres. Les rues sont plus larges. Les bâtiments plus longs que hauts. Les couleurs moins vives et moins nombreuses. Plusieurs infrastructures abandonnées sont accessibles de vue. La nature reprend le dessus et ramène de la couleur. Le ciel s’assombrit. Première goutte du voyage. Averse. On court aux caves pour la dégustation. Celles gagnées pour avoir emprunté le télécabine. Une chanteuse traverse la salle de long en large. Elle est belle. L'alcool est sucré. Les robes des porto, qui reflètent les rayons du soleil, nous poussent à la consommation.

Retour sur les quais. Selfie entre amis. Sourire et fatigue se mêlent. En haut du télécabine, le professeur et d'autre camarades. Discussions des impressions et de notre visite. Rappel, pour le rendez-vous du soir pour le dernier verre avec Alexandre Schrepfer. Pour rentrer, c'est à pied. On profite du coucher de soleil qui sublime les couleurs des deux villes qui se font face. Le pont Alexandre I nous offre une vision différente du paysage. Les terrains, vivants à une époque, sont envahis par la nature. Entourés d'une végétation de béton et parpaing. Ces friches nous semblent essentielles à la ville.

Dernier repas à l'appartement. Un petit verre. On se prépare, on veut profiter de notre dernier soir. On sort du métro. Personne. Galeria de Paris. Personne. Le bar du rassemblement, presque vide. Du monde est absent. Une seconde fois. Alexandre semble déçu. Il aurait voulu voir le groupe au complet. Pouvoir discuter du voyage, des ressentis de chacun et ce que l'on aurait pu voir de plus.

Presque minuit, le serveur bien qu'agréable, nous presse gentiment pour partir. J'aurais bien vu un film pour compenser la soirée. Tout le monde se presse au lit. Pas de film.


Lundi 23


Lever tardif. La maison à moitié vide, c'est calme et propre. Les dernières corvées nous sont destinées.

Les valises prêtes. Posées à côté de la porte. Elle partiront avec nous en fin d'après-midi. Après notre balade finale. Soleil, vent et une douce température nous emportent sur les quais de Porto. L'objectif : atteindre la plage et aussi pour moi la baignade !

Démarche lente. Vue d'ensemble de tous ces bâtiments longilignes. Encore quelques découvertes de structures apparentes. Mes deux amis sont loin devant. Je suis seul avec mon NIKON. Je teste, les couleurs sont fortes, les visions se déforment selon la courbe des berges. Des pêcheurs de temps en temps patientent. Au loin une forme étrange sort du sol. On peut apercevoir des tas de sacs et quelques gens autour. Ce sont des filets. Cette forme, une proue de bateau. Les pêcheurs stockent les filets ici. Certains sont d'ailleurs en train d'en fabriquer un. Un fil en haut, un fil en bas. Ça va très vite comme nos promenades dans la ville. Le geste est machinal. Plus loin, un long parc tranquille, des habitations différentes du centre ville et neuves.

On a faim. Il faut qu'on mange une dernière petite française, avant le départ. Mon envie de faire trempette n'est pas partie. Sauf à la vue de cette mer déchaînée. Ces rochers en grand nombre. Trop dangereux. Deux fois qu'on me coupe l'envie. C'est dur.

Recherche d'un restaurant en bord de mer. Celui-ci semble sans vie. Direction les petites rues les plus proches. Quelques restaurants qui manquent d'exposition solaire. Encore deux, trois minutes de marche. Une vue sur l'océan. Sur la gauche, en haut d'un petit immeuble, une grande baie vitrée, qui fait tout le tour, nous laisse voir des personnes confortablement assises pour manger. Il faut que l'on mange là.

Canapé et fauteuils. Les houles de l'océan en second plan. Le vin, fruité, nous détend encore un peu plus. Voilà le plat de fin qui arrive. L'évolution du croque monsieur. Pain américain, sauce des quenelles lyonnaises et un amas de viande entre les deux tranches. Celle du dessus couverte d'une tranche de fromage carré. Poulet, bœuf et porc. Escalopes, saucisses et tranches. C'est fin, malgré tous ces ingrédients. Clôture en feu d'artifice, pour nos papilles. Un dessert chacun. A la vue, c'est beau, au goût, une explosion de saveurs. Une belle touche finale. Il faut partir.

Le tram encore d'époque, nous ramène au centre. Lent mais confortable.

Au revoir baraques, au revoir pavés et carreaux. Le métro annonce le retour. Je suis tendu. Dispute de dernière minute au téléphone avec ma mère.

Paris, sa tension, retour à une vie grise.