Doris Von Drathen

Humanités
Cycle 1

Présentation

Doris von Drathen est historienne de l´art et critique d´art née à Hambourg et basée à Paris depuis 1990. Après des études de lettres romanes [latines, françaises, italiennes, espagnoles] et de l´histoire de l´art à Paris-Sorbonne, Zaragoza, Florence et Hambourg [tradition Warburg-Panofsky ; Magister Artium], elle a publié en tant que critique d´art à la radio et à la télévision (NDR, Allemagne du Nord), des transmissions quotidiennes [1980-1990], et à la revue Artforum (NY), des contributions mensuelles [1985-1993]. Depuis 1985 elle continue à publier régulièrement des essais monographiques pour Kunstforum International et pour le Künstler Kritisches Lexikon der Gegenwartskunst (Dictionnaire critiques de l´art contemporain, édité en fascicules individuelles) — ainsi qu´une série de livres monographiques et introductions aux catalogues d´exposition. Tous ses textes sont focalisés sur des sujets de recherches de son choix personnel.
Doris von Drathen était professeur invitée à l´Ecole des Beaux-Arts (1990-93) et l´Ecole des hautes études à Paris (2004-2005), L´Architectural Association à Londres (1992-93), la Rijksakademie à Amsterdam (1997), Arco à Lisbonne (1992 et 2008) ; Cornell University in Ithaca 2005-2007, New York, and Columbia University, New York City (conférences annuelles) et à l´université Alvaro Aalto, Helsinki (2014). Depuis 2007 elle enseigne régulièrement à l´Ecole Spéciale d´Architecture à Paris.
Doris von Drathen a développé dans ses recherches et publications une approche de l´art contemporain transversale. Elle publie sa méthode dans Vortex of Silence : Proposition for an Art Criticism beyond Aesthetic Categories (Charta, 2004, 327p. ; prix du Meilleur livre d´art en Italie 2004). Ce livre contient une introduction théorique suivie de vingt-quatre essais, à titre d´exemple de sa méthode qu´elle nomme « iconologie éthique » ; parmi les artistes choisis sont Christian Boltanski, Louise Bourgeois, Pat Steir, Mona Hatoum, Anish Kapoor, Gerhard Richter, Jannis Kounellis, Marina Abramovic´, Agnes Martin et d´autres. Plusieurs monographies ont suivi, comme Rebecca Horn, Sculptures ; Dessins (Cantz 2004 ;2005) ; Pat Steir, Installations ; Paintings (Charta 2006 ; 2007) ; Rui Chafes (Charta,2008) ; Rebecca Horn, Cosmic Maps (Charta 2008) ; Rebecca Horn et Jannis Kounellis (Peleires, 2009) ; Manuela Filiaci (Charta, 2009) ; Nalini Malani (Hatje Cantz, 2010) ; Painting Space : Fabienne Verdier (Charta 2012) ; Gwenn Thomas (Charta 2013) ; Felice Varini (Lars Mueller, 2013) ; Dominik Lejman, Paintings with Time Code (Hatje Cantz, 2014) ; Kimsooja (Pompidou, Metz, 2015) ; Rui Chafes (Bial, Lisbonne, 2017) ; en cours d´édition, une monographie sur Jannis Kounellis.
Doris von Drathen travaille actuellement sur une publication de ses recherches au sujet d´une expérience d´une Déterritorialisation face à l´art – de John Cage à nos jours. Sa thèse porte sur une corrélation entre l´expérience de l´Espace et d´une Liberté individuelle qui ouvrirait la possibilité de franchir les bornes identitaires. Titre provisoire : « Freiraum » (Zone-Franche). Ainsi que son livre Vortex of Silence, cet ouvrage se basera sur la méthode iconologique et cherchera une fois de plus une pensée au-delà des catégories courantes, donc d´analyser différentes façons de « faire espace ».

Enseignements

Intitulé : Histoire de l’Art
Discipline : Culture artistique
Formation : Cycle 1 Semestres 1, 2, 3, 4

Contenus

Comment enseigner l´histoire de l´art aux architectes ? C´est à l´université de Cornell que j´étais confrontée à cette question pour la première fois en 2005. Dans l´objectif de ne pas compromettre ce qui est de l´art, j´avais exclu de présenter des artistes travaillant à cheval entre art et architecture. Ma proposition était plutôt d´ouvrir le regard au-delà de l´art et au-delà de l´architecture : donc de choisir des œuvres d´art qui seraient une base pour interroger nos formes de vie, le libre arbitre de nos actions, notre autonomie, notre devenir nous-mêmes, notre rapport au monde, notre ouverture vers l´autre, notre prise de conscience d´être responsable de l´histoire devant nous – donc d´ouvrir des questions anthropologiques.
La méthode d´approche choisie pour ces quatre cours est l´iconologie dans la tradition de Warburg et Panofsky – élargie et constamment réécrite par mes propres recherches en lien avec l´université Humboldt à Berlin (notamment avec Horst Bredekamp et son « Excellenz-Cluster Bild, Wissen und Gestaltung » – Laboratoire Image, Connaissance et Forme).

« L´iconologie » en quelques mots :
Plutôt que de se contenter de définir formes, styles et époques de l´art, l´iconologie considère la connaissance des formes en tant que base servant aux recherches de l´image, voire du sens d´une œuvre. La complexité de ce regard interroge donc le contexte politico-historique et la fonction d´une œuvre, des analogies phénoménologiques en science naturelles, poésie, musique, philosophies et autres disciplines, mais inclut aussi les expériences culturelles de celui qui regarde, le bon sens et l´entendement de la grammaire du corps. L´iconologie se base sur le respect de l´autonomie d´une œuvre qu´elle reconnaît en tant que présence vitale inconnue. C´est cet autre qu´un iconologue ne se permettrait pas à coloniser par des catégories de références préconçues. Être iconologue équivaut donc à une attitude de vie, c´est renoncer à imposer son pouvoir, c´est accueillir l´autre.

Ainsi s´entend la forme de l´examen final du S1 à S4 : Des dossiers de recherche. Les différents cours proposeront un éventail de possibilités aux étudiants qui choisiront individuellement leurs artistes et formuleront eux-mêmes leurs sujets de questionnement tout en ayant la possibilité de discuter leurs questions et doutes aux cours. Condition pour tous : Respecter la méthode d´approche de l´iconologie. Cette recherche se réalise pendant le semestre et est rendu au dernier cours. Selon le semestre le défi de ce dossier se complexifie progressivement.

Semestre 1

Science de l´image – Savoir percevoir – Méthodologie du Regard
Introduction à l´iconologie

Il est proposé un choix d´œuvres et d´artistes de l´antiquité à nos jours, en parcourant le monde entier. Il s´agira tout d´abord de découvrir la complexité d´une présence inconnue, de trier cette multitude d´éléments d´observation, d´analyser les éléments et formes constituants de l´œuvre et par la suite d´entrer dans un questionnement conceptuel pour analyser les fonctions des formes décrites et en déduire des premières conclusions qui mèneraient à un commentaire. L´iconologie ne quitte jamais l´idée d´une image – même là où « on n´y voit rien ». Ainsi, découvrir la manifestation de l´énergie gravitationnelle par la construction d´une œuvre peut ouvrir sur une polyphonie de sujets d´ interrogation – de l´être dans l´espace et l´expérience personnelle vs universelle, jusqu´à la possibilité de voir une « identité humaine » à la place des appartenances nationales. ---- L´art serait donc considéré en tant qu´un site d´expériences physico-intellectuelles – pour découvrir le Temps du monde et le Temps de l´homme ; la dynamique de la limite ; des forme de principes vitaux ; des différentes énergies spatiales ; le premier lieu d´expérience et le premier habitat qui est le corps. En échange avec les ateliers d´architecture les cours 1-4 accentueront un aspect spécifique d´une recherche commune.

Semestre 2

Renaissance Italienne du 14ième et 15ième siècle et son influence sur le reste de l´Europe : Vers la Modernité
La nouvelle autonomie de l´artiste sera placée au centre des études. La libération des contraintes des corporations artisanales et l´exemption des impôts garanties par les cours est la base pour une nouvelle audace artistique qui va de pair avec les transgressions d´horizons des explorateurs, des scientifiques et des philosophes – eux aussi soutenus par les cours. Ainsi Giotto et son invention d´images en motion sera vu dans le contexte de Marco Polo ; Andrea Riccio sera découvert en tant qu´obsessionnel pour sa quête de la réalité ; Botticelli sera compris dans le contexte politique des Medici ; Michelangelo sera étudié en tant que médecin. Les grands centres de la Renaissance en peinture et sculpture, Florence, Venise et Rome seront montrés en comparaison avec les Flandres et plus tard avec Nuremberg et Amsterdam. L´Europe du 17ième et du début du 18ième siècle sera montrée sous le signe d´une expansion des cours de Madrid et Paris, qui soutiennent les artistes comme Velásquez aussi bien que Bernin et Poussin et financent les penseurs de l´Age des Lumières, donc préparent le terrain intellectuel de la révolution française.

Semestre 3

De l´industrialisation Anglaise au Cubisme et Bauhaus et « Guernica » — de 1750 à 1937 : Vers la Modernité II
Une question pivot animera nos interrogations : Quel lien y a-t-il entre l´art et les évènements politiques ? Comment un artiste peut-il peindre des boudoirs ou des jardins somptueux au moment que la Révolution ou la Première Guerre Mondiale éclatent ? Est-ce une révolution en peinture si Fragonard peint un « instant » ? Est-ce que David risque sa vie à son tour en dédiant sa peinture à l´assassinat du révolutionnaire Marat ? Est-ce que Caspar David Friedrich ne s´inscrirait pas dans une contre-révolution individualiste en opposition des mouvements de masse de son époque ? D´un artiste innovateur à un autre ce cours montrera presque deux siècles de révolutions : chamboulements politiques, sociales, philosophiques et artistiques. Dans le cadre du possible la création artistique sera présentée ici dans son contexte politico-historique. C´est donc à travers l´art que l´on observera l´abolition et la continuation de l´esclavage, les persécutions de l´inquisition, des conflits entre l´institution de l´église et la philosophie, la naissance des identités nationales en Europe (et se rendra compte de leur relative jeunesse). C´est à travers Goya et Picasso que l´on se posera la question qu´est-ce la guerre et quelle est le rôle de l´artiste face à l´histoire.

Semestre 4

De l´art après-guerre à l´art actuel
Qu´est-ce l´art contemporain ? Quel rôle jouent les catégories esthétiques pour le pouvoir du marché de l´art ? Comment définir des critères de qualité de l´art ?
Et historiquement : Le silence qui régnait juste après cet « éclipse de l´humanité » pourrait-il être considéré comme « l´objet du 20ième siècle » ? On essaiera d´observer ce silence substantiel de cette première période d´après la guerre, temps qui était désigné par le terme d´un « monde en nécessité », nécessité de se reconstruire, de recréer une vie, de retrouver ses paroles. On essaiera de trouver des paroles pour des peintures et sculptures qui refusent toute narration.
Le silence de l´« Abstract Expressionisme » d´un Barnett Newman ou d´un Rothko ne se manifesterait-il pas peut-être beaucoup moins comme un style abstrait, mais plutôt comme l´unique forme dramatique qui puisse réagir à ce désarroi émotionnel d´une génération qui a survécu aux désastres ? Mais le cours proposera aussi de critiquer le pouvoir des Abstract Expressionists et de découvrir des générations suivantes en discussions perpétuées avec leurs « pères » : ou pour les détrôner ou pour essayer de se laisser guidés par leurs références. Ainsi on étudiera les expérimentations de matériaux d´une Eva Hesse, les louanges des « chance systems » des systèmes de hasard d´un John Cage et d´une Pat Steir, ou en solitaire comme Giacometti, ou la révolution de l´ « Arte povera », ou encore la grande libération des années 1970 avec les nouvelles formes de performances, happenings et compositions sculpturales – seront étudiés entre autres Marina Abramovic, Rebecca Horn, Yannis Kounellis, Esther Shalev-Gerz, Zarina Hashmi, Joseph Beuys, Gerhard Richter, Richard Serra, Fabienne Verdier, Anish Kapoor. D´ici on comprendra les ouvertures d´aujourd´hui, cette liberté d´inclure le quotidien dans le questionnement de l´art jusqu´à un Raphaël Zarka qui construit des sculptures en tant que pistes de skate.
Le défi de ce cours sera pour l´étudiant de ne pas seulement prouver sa connaissance en tant qu´iconologue capable de tirer les ficelles d´un archive d´œuvres accumulées en quatre semestres, mais aussi de se manifester en tant que critique d´art et prendre clairement position par rapport à la qualité des œuvres analysées.

Nombre d’heures par semaine : 2h par cours soit 8h + 2h de conseils pour les dossiers de recherche.

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