Lionel Lemire

Architecture
Cycle Découverte
Cycle 1


Présentation

Ancien vice président de l’Ecole Spéciale d’Architecture, Lionel Lemire est architecte.

Il a participé au travail de nombreuses agences tant dans la communication et la production des idées, que pour la construction.
Depuis 1995 il explore les liens qu’établissent les architectes entre leurs productions et leurs propositions politiques, sociales ou philosophiques.
Dès sa première collaboration avec Paul Virilio puis Frédéric Borel à la direction pédagogique de l’ESA, il trouve un intérêt particulier à la transmission du savoir qui l’amène, en plus de ses ateliers, à donner des conférences dans le cadre de l’exposition « la ville, arts et architecture en Europe, 1870-1993 » au centre Georges Pompidou.
En 2010 il accepte une mission à l’université Paris X dans le master d’urbanisme, et participe à l’enseignement d’Agnes Sander.

Il est aujourd’hui enseignant d’architecture permanent à l’ESA
Chargé d’un cours magistral et d’ateliers du master STU de Sciences Po
Enseignant Vacataire au Centre Michel Serres heSam université

Il a participé cette année au festival : « le Monde festival » intitulé « changer le monde ».

Ses principaux ouvrages sont « La città che sale », catalogue de l’exposition « We try to build the future » aux éditions Electra, et, « Odile Decq : monographie poétique » aux éditions Architecture Journalism.

Enseignements

Intitulé et discipline : Paramètres d’incertitude, architecture
Cycle et niveau : Grade 1, semestre 2

Sujet / contenu

Le danger c’est l’abîme de nos regrets, c’est faire de la nostalgie un poison qui paralyse, de la mélancolie l’arbitre de nos échecs.
Il serait si facile de pleurer de hurler de se fouetter, pour s’excuser. C’est tellement dangereux de se laisser terrifier par l’avenir, de lâcher le volant en pleine vitesse, d’écraser le frein jusqu’au sang, de fermer les yeux, serré dans un cri sans voix, ignorant ceux qui nous suivent, étant par notre couardise l’instrument même des carambolages redoutés.

C’est vrai l’avenir est troublant, multiple, superposé, crypté par l’incompréhension des choix que nous n’avons pas encore faits.
Mais quelle vivifiante énergie s’incarne dans la lutte contre le danger. Et pas besoin de connaître notre destination pour naviguer avec passion sur l’océan de nos incertitudes. Nous voulons des objectifs pas des visions, du désir plus que des convictions, des valeurs qui nous laissent libres et responsables, plus que des principes qui nous contraignent en nous protégeant.

Pour construire l’avenir il nous faudra renoncer au confort de la simplification binaire pour entrer dans l’infini territoire de la nuance subtile.
Opposer le vrai au faux, l’esprit contre le corps, la matière face à l’abstrait dans des guerres artificielles, nous interdit la voie tendue de la lucidité. Bien sûr nous n’avons pas fini d’interroger l’être des choses que déjà c’est le lien entre les choses elles-mêmes qui semble motoriser le monde. Etre ou ne pas être telle n’est plus la question, ni même comment ou quoi être, mais plutôt dans l’infini maillage des vérités possibles, où sommes nous et quelle est la nature, la valeur, la puissance du lien entre nous ? Ni vrai ni faux, ni toi ni moi, ni réel ni virtuel : entre.

Expérimentation en trois temps.

Exercice premier : Pour un effondrement

Le désir de forme
L’accumulation des découvertes, des inventions artistiques, des grands mouvements politiques crée un champ de force fluctuant qui magnétise nos désirs.

En architecture, dans la mode, comme dans beaucoup d’autres disciplines, les tendances ne sont rien d’autre que des vapeurs issues de ces bouillonnements.

Les remords d’une maltraitance subie par la nature, la fascination et l’usage quelquefois frauduleux ou vulgaire des nuages de sens philosophiques inventés par Deleuze, associés aux puissances décuplées des logiciels et des ordinateurs, nous ont mené presque mécaniquement à nous détourner du rêve moderne. Avons-nous encore envie de formes rectilignes et parfaites assemblées sous la lumière ? Les simplifications douloureuses nécessaires à la fabrication de ce monde ont commencé à nous faire horreur.

Alors nos yeux se sont tournés vers des formes plus subtiles, moins définies et comme presque toujours c’est la surface qui la première a subi l’onde de choc. Le plan s’est ridé comme une écorce tordant le volume dans des ondoiements instables. Certains bâtiments se sont mis à ressembler à des giclées de mercure.

Voilà quelque temps déjà que des langueurs de plis tombent sur les bâtiments comme des vagues sur la roche. Les tendres boursouflures des surfaces indécises ont habillé nos mouvements d’écume et nos silhouettes de brume.

Mais déjà les temps changent. La mer se retire laissant la plage sèche, construisant des perspectives plus rigoureuses.

L’exercice « pour un effondrement » explore les différences entre l’usage de la forme comme finalité et celui de la forme comme aboutissement d’un processus d’usage.

Pose de concevoir un couple paradoxal de pavillons dans l’empreinte laissée par le tracé de la petite ceinture de Paris dans le parc des Buttes-Chaumont. L’objectif de cet exercice est d’explorer le rapport architectural entre forme et fonctions.

Le premier pavillon est destiné à abriter, mettre en valeur, donner à voir la subtilité de l’œuvre monumentale de Bernar Venet. Dans ce pavillon l’architecture doit se faire discrète et se mettre entièrement au service de sa fonction de galerie d’art
“Effondrement”

de Bernar Venet.


Composée de 150 arcs de sept mètres,
La sculpture, conçue spécialement pour sa fondation,
pèse 150 tonnes.
dimensions en mètres Lxlxh 20x10x5

Le deuxième pavillon est une folie architecturale, qui en donnant forme et matière au champ lexical utilisé par B.Venet pour envisager effondrement, propose une résistance à l ‘habitus*. Dans ce pavillon l’architecture est avant tout un moyen d’expression, elle produit sont propre usage et c’est par l’intensité et la justesse des sensations quelle procure qu’elle délivre son message et trouve sa pertinence.

Second exercice : « Comment rencontrer un ange »
hommage à Ilya et Emilia Kabakov,

La forme du désir
Après la surface agitée, je pense que c’est l’architecture même des objets, des bâtiments, des vêtements qui est en jeu. Le bouleversement informatique ne s’est pas cantonné à fournir de nouveaux outils de dessin, de découpe ou de gestion, il est en passe aujourd’hui de modifier le processus même de création. L’architecture paramétrique qui ne se dessine plus, mais qui s’écrit en une longue suite de signes parfaitement inaccessibles aux profanes est déjà enseignée dans les écoles. Dans les balbutiements de ces nouveaux savoirs renaissent d’anciens codes esthétiques rajeunis, libérés.

Les étudiants actuels, fascinés par les structures fractales, ces formes mathématiques si complexes produites par des opérations de clonage et quelques variantes si simples, sont en train, sans le savoir, de réinventer la séduction du motif.

Les séries de petits dessins identiques, les chaînes de lignes enchevêtrées dans l’invariance qui avaient fini par nous lasser, sont maintenant chargées d’infimes variations qui modifient l’ensemble des constructions.

Nous pouvons imaginer des bâtiments extrêmement répétitifs dont les récurrences deviennent furtives. Nous pouvons rêver de vêtements dont chaque dessin est subordonné au pincement d’une hanche ou au galbe d’un muscle. L’unité naît de l’infinie différence. C’est la naissance d’une esthétique de la variation, de la nuance, construite sur l’idée de prolifération, plus que sur la maîtrise de la forme elle-même. La composition au sens classique du terme comme équilibrage de masse devient alors fortement désuète. L’architecture en tant que méthode serait en train de se réinitialiser insensiblement mais radicalement. Le moment est exaltant, mais pas sans danger ! Les effacements de la composition, au profit d’un dosage des densités, d’une répartition naturaliste des textures, créent un manque. L’humanité du labeur et son charme, les choix, et même la vision des créateurs pourraient disparaître derrière cette précision toute mécanique.

C’est probablement pour cette raison que nous assistons parallèlement à cette émergence, au renouveau des passions techniciennes. L’enjeu est la perfection et la pertinence de chaque pièce, l’idée du tout étant subordonnée à l’excellence de chaque partie. Les concepts ne se suffisent plus à eux-mêmes. Les rêves doivent se réaliser dans un rapport pacifié avec le réel. Plus question de concessions au nom d’un au-delà. La vie a besoin d’une embellie, tout de suite, ici et maintenant.

Architectes et créateurs interrogent avec intensité le processus de production en le confrontant à l’invention des usages. A l’image du continuum d’un écorché, chaque morceau doit mettre en jeu sa nature propre pour tenir son rôle.

Et nos exigences sont nombreuses. Il nous faut plus d’élasticité, plus de souplesse, plus de porosité, plus de transparence, plus de protection, plus de pérennité, plus d’énergie, plus d’élégance…

Ainsi chaque morceau étant potentiellement différent, c’est dans le contour de chacun, que réside la puissance de son identité. Les bâtiments comme les vêtements deviennent des assemblages magnifiquement complexes.

La question du fragment ne se dissocie pas non plus de celle du montage. Impossible d’imaginer une logique du morcellement, sans engendrer une pensée de la jonction. Le joint n’est plus ici une cicatrice nécessaire mais une ramification porteuse d’émotions. L’association, le lien, l’accroche, la soudure, la couture ne sont plus mal aimés. Nous regardons avec beaucoup plus de tolérance ces stigmates de l’ossature. Nous les dessinons, nous les revendiquons comme la marque d’un faisceau de force vivante. C’est par ces nervures que la forme prend vie.

A travers l’invention d’un belvédère ou d’une passerelle dans le parc de la Villette les étudiants doivent s’approprier la question de la construction. A partir de quelques règles simples et en mesurant le potentiel de leur intuition, les étudiants doivent produire un processus de construction, un assemblage exaltant.

Dernier exercice : Résilience : devoir de mémoire, besoin d’oubli.

Le désir en forme
L’ornement lui-même n’est plus tout à fait un crime. Less est il more, est il bore ? L’articulation entre le discours et la position du créateur n’a plus besoin de dogme rigide. L’incertitude est une nouvelle forme de liberté qui impose un regard vigilant et responsable. L’essentiel étant peut-être après tout la fabrication d’outils confortables et performants, capables d’enchanter le présent.

L’ultime exercice du semestre est politique et mesure l’autonomie des étudiants. Chacun est confronté à un contexte complexe et doit proposer une réponse spatiale constructive et politique en mesure d’améliorer la situation. Le site qui leur est proposé en tant que contexte complexe est le parc tropical de Paris qui fut le théâtre de la très controversée exposition coloniale de 1907.

Critères et modalités d’évaluation

L’ensemble de la production de chaque élève est évalué lors d’un contrôle continu et à l’occasion de trois jurys publics qui sont réunis à chaque fin d’exercice, constitués d’enseignants extérieurs à l’école et d’anciens élèves.

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