Rendre lisible l’invisible, Jenna Harris


Rendre lisible l’invisible, m(émoi)re d’un cimetière enfoui
Melbourne, Australie
1er Prix Meilleurs Diplômes Printemps 2020

Jenna Harris

Jury :
Thomas Corbasson - Directeur(trice) de Diplôme
Bertrand Renaud - Président(e) de Soutenance
Jean Bocabeille - Enseignant(e) Extérieur(e)
Laure Spake - Expert(e)
Rime Yachfine - Jeune Architecte DESA
Michael Halter - Candide

Melbourne, Australie : une ville aux mille et une couleurs, aux mille et une formes ; un vacarme visuel dissimulant une histoire récente et dont le passé a déjà été oublié. Sur le parking du plus grand marché à ciel ouvert de la métropole, l’agitation domine. Difficile d’imaginer que ce lieu si riche de vitalité ait pu accueillir le tout premier cimetière de la ville. Si le bitume a aujourd’hui recouvert toute trace physique de cette époque, il a également étouffé la mémoire de ce lieu. Pourtant, à moins de deux mètres sous la surface du sol, les tombes des fondateurs de la ville et celles des aborigènes originaires de ces terres reposent encore.

Sur ce site aux multiples épaisseurs, le projet tente de ressusciter une mémoire, par l’ajout d’une nouvelle strate, en harmonie avec son histoire passée tout comme avec son contexte présent. Le projet se superpose au sol existant comme une nouvelle dalle qui s’intègre dans la prolongation du marché voisin en reprenant sa trame, et qui, à la manière d’un moulage mortuaire des anciennes tombes, semble être extrudée du sous-sol.

Sous la dalle, un espace public s’ouvre à la ville et s’inscrit dans une épaisseur de mémoire qui se dégage à la fois du sol, par les éléments d’origine du site, et de la toiture, par la lumière. Éclairés par un rythme de percements composant la dalle supérieure, les visiteurs sont guidés à la lumière des oubliés.

Sur la dalle, le programme cherche à faire resurgir la fonction originelle du site : un lieu de mémoire pour les morts et un lieu de recueillement pour les vivants. Les évolutions contemporaines requestionnant la mémoire des morts sont adressées : un nouveau rapport au corps, avec une augmentation considérable de la crémation, et un nouveau rapport à la religion, avec un certain désir de laïcité sans pour autant en exclure le sacré.

Le projet est conçu comme une nouvelle page, un cœur de ville incarné, physique et symbolique, qui provoque des associations, rend l’absent présent et l’invisible lisible pour révéler et relever l’âme de ce site si particulier.