
Mercredi 23 septembre 2026 à 18h30, l’École Spéciale d’Architecture accueille Charlotte Malterre-Barthes, architecte, urbaniste et professeure assistante à l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), où elle dirige le laboratoire RIOT, pour la deuxième Open Lecture du semestre A26 : « Ne Plus Construire : Une Architecture Post-Extractive ».
Et si l’architecture devait commencer par se demander non pas comment construire, mais s’il faut encore construire ?
« Il n’y a pas d’innocence du bâti. » C’est à partir de ce constat, formulé par Charlotte Malterre-Barthes que la conférence propose de regarder autrement l’acte architectural. Construire engage des matières, des sols, des infrastructures, des chaînes de production et des territoires. Dès lors, face à l’urgence climatique et aux inégalités liées aux modes de production de l’espace, la question n’est plus seulement de savoir comment construire mieux, mais aussi quand construire, pourquoi, pour qui — et quand choisir de ne pas construire.
Sous le titre « Ne Plus Construire : Une Architecture Post-Extractive », Charlotte Malterre-Barthes envisage un avenir fait davantage de ce que nous avons déjà : ne pas démolir, ne pas systématiquement produire du neuf, construire moins, travailler avec l’existant, l’habiter différemment et en prendre soin. Cette approche rejoint une réflexion qu’elle développe depuis plusieurs années autour de la production de l’espace, de l’extraction des ressources, du réemploi, du logement et de la justice écologique et sociale.
DU MORATOIRE À UNE AUTRE CULTURE DU PROJET
En 2021, alors qu’elle enseigne à la Harvard Graduate School of Design, Charlotte Malterre-Barthes lance « A Global Moratorium on New Construction ». Présentée comme une initiative autant qu’une provocation, cette proposition cherche à ouvrir une conversation au-delà de la seule profession architecturale : avec les urbanistes, les acteurs de la construction, les responsables publics, les militants et les citoyens. Le point de départ est volontairement radical : que se passe-t-il si l’on suspend le réflexe de bâtir neuf pour examiner d’abord ce qui existe déjà ?
Cette réflexion ne nie pas le besoin de logement. Elle met précisément en tension deux réalités : le droit d’habiter et les conséquences écologiques et sociales des pratiques constructives fondées sur l’extraction. Sur son site, Charlotte Malterre-Barthes insiste ainsi sur les écarts entre surproduction dans certains contextes, pénurie dans d’autres, vacance de bureaux ou de commerces, distribution des ressources et accès effectif au logement.
Le moratoire devient alors un cadre de recherche et de projet. Depuis 2022, il se prolonge dans des studios à Harvard puis à l’EPFL, au sein de RIOT. Plusieurs séquences pédagogiques en déclinent les enjeux : « Stop Building », « Fix the Office » ou encore « Halt Extraction ». Elles interrogent les lois et les réglementations, le réemploi, la transformation du bâti existant, la prolongation de la durée de vie des structures et de nouvelles formes de propriété ou de mise en commun.
Les neuf demandes associées au projet condensent ce déplacement : arrêter de construire du neuf, loger tout le monde, changer les systèmes de valeur, stopper l’extraction, transformer la construction, repenser l’agence, réformer l’école, ne plus creuser systématiquement et prendre soin. Plus qu’un mot d’ordre unique, elles dessinent une architecture qui déplace sa valeur de l’ajout vers l’entretien, la transformation, la redistribution et le soin.
UNE ARCHITECTURE POST-EXTRACTIVE
La conférence s’inscrit aussi dans le prolongement de la recherche « Architecture of Extraction », consacrée aux liens entre environnement bâti, économie politique et extraction des matériaux.
Charlotte Malterre-Barthes y étudie comment la production de nos villes, de nos infrastructures et de nos logements dépend de ressources minérales prélevées, transformées et déplacées à l’échelle mondiale — et comment ces chaînes matérielles produisent des effets territoriaux, environnementaux et sociaux.
Cette lecture élargit la responsabilité du projet : le bâtiment ne se limite pas à sa forme finale. Il est aussi le résultat de flux de matières, de réseaux logistiques, de normes, de décisions économiques et de rapports de pouvoir. Penser une architecture post-extractive revient donc à interroger tout autant les matériaux que les systèmes qui rendent leur extraction et leur consommation possibles.
À PROPOS DE CHARLOTTE MALTERRE-BARTHES — LA PRATIQUE COMME TERRAIN D’ACTION
Architecte, urbaniste, chercheuse et enseignante, Charlotte Malterre-Barthes est professeure assistante d’architecture et de design urbain à l’EPFL, où elle dirige RIOT.
Elle définit elle-même l’ensemble de ses activités — recherche, enseignement, publications, expositions, dessin, commissariat, conférences ou projets — comme une « pratique stratégique » : une manière de mobiliser plusieurs formes d’action pour répondre aux urgences environnementales, sociales et spatiales contemporaines.
Avant de rejoindre l’EPFL, elle a été professeure assistante de design urbain à la Harvard Graduate School of Design. Elle a également dirigé et enseigné au Master of Advanced Studies in Urban Design de l’ETH Zurich entre 2014 et 2019, autour des relations entre migration et urbanisme dans plusieurs villes méditerranéennes, notamment Tanger, Marseille et Beyrouth. Elle est titulaire d’un doctorat en architecture de l’ETH Zurich et diplômée en architecture de l’École nationale supérieure d’architecture de Marseille.
Ses recherches cherchent notamment à démêler l’économie politique de la production de l’espace : qui dispose des ressources, qui décide, qui bénéficie de la transformation des territoires et qui en supporte les conséquences ? En 2025, cette réflexion a donné lieu à l’ouvrage « A Moratorium on New Construction », prolongé en 2026 par de nombreuses conférences et travaux autour du réemploi, du soin, du logement et des formes contemporaines d’extractivisme architectural.
Avec « Ne Plus Construire : Une Architecture Post-Extractive », Charlotte Malterre-Barthes invite ainsi à renverser le point de départ du projet. Avant d’ajouter, regarder ce qui est déjà là. Avant de démolir, considérer ce qui peut être maintenu. Avant d’extraire de nouvelles ressources, prolonger, transformer, redistribuer et prendre soin.
Faire projet, peut-être, non plus seulement en construisant davantage — mais en donnant davantage de valeur à l’existant.
INFORMATIONS PRATIQUES
Mercredi 23 septembre 2026 — 18h30
École Spéciale d’Architecture
254 boulevard Raspail, 75014 Paris
Entrée libre, dans la limite des places disponibles.
Retransmission en direct assurée par l’association étudiante AMESA, à suivre sur esa-paris.fr, LinkedIn et sur Vimeo de l’École Spéciale.








