La grande marche L1S1 : apprendre à voir avant de concevoir

publié le 29 avril 2026

Dans le cadre de l’enseignement Théorie et pratique du projet architectural, les étudiants de première année (L1S1) de l’École Spéciale d’Architecture ont participé à un exercice fondateur de leur semestre : la grande marche .

Pensé comme un workshop collectif, ce temps d’immersion marque un basculement essentiel dans l’apprentissage du projet : sortir de l’atelier pour confronter le regard au réel.

Arpenter le territoire : une pédagogie par l’expérience

Pendant deux jours, les étudiants investissent un fragment de ville qu’ils explorent à pied.
Loin d’une approche abstraite, l’exercice repose sur une expérience directe et située du territoire.
Observer, parcourir, s’arrêter, revenir.

La marche devient un outil méthodologique à part entière, permettant de saisir les dynamiques d’un lieu dans leur complexité : flux, usages, ambiances, temporalités.

Ici, le corps est engagé — il mesure, ressent, compare.
Le regard, lui, s’affine.

Regarder autrement : du visible à l’invisible

La grande marche invite à dépasser une lecture superficielle de l’espace.
Les étudiants sont amenés à :

• cartographier les éléments remarquables du paysage et du bâti
• relever les matières, les formes, les structures
• observer les usages, les circulations, les comportements
• documenter aussi bien le visible que ce qui échappe au premier regard

Dessins annotés, notes, croquis, relevés : autant d’outils mobilisés pour produire une connaissance fine du site.

Cette approche sensible et empirique construit progressivement une capacité essentielle :
voir, vraiment.

Construire un regard d’architecte

Plus qu’un simple exercice d’observation, la grande marche constitue une première mise en situation du rôle de l’architecte.

Apprendre à regarder, c’est déjà prendre position.
C’est sélectionner, interpréter, hiérarchiser.

En documentant le territoire, les étudiants fabriquent un portrait situé du lieu étudié — une base à partir de laquelle pourra émerger une intention de projet.

L’architecture apparaît alors comme une discipline qui articule :
• analyse du réel
• mise en récit
• capacité de projection

Du terrain au projet : une continuité pédagogique

La grande marche ne constitue pas un exercice isolé.
Elle s’inscrit dans une progression pédagogique plus large, articulée autour de la relation entre mémoire, corps et espace.

Les observations produites lors de cette immersion nourrissent directement les exercices suivants, notamment celui des Lieux de mémoire, où les étudiants seront amenés à concevoir un projet architectural en dialogue avec le site étudié.

Ce passage du terrain au projet est central :
il permet de comprendre que concevoir ne consiste pas à imposer une forme, mais à répondre à une situation.

Une première posture : être au monde

À travers la grande marche, les étudiants expérimentent une idée simple mais exigeante :
— avant de dessiner, il faut apprendre à voir
— avant de projeter, il faut comprendre

Dans un contexte où les pratiques architecturales sont appelées à se réinventer face aux enjeux contemporains, cette posture — attentive, critique, ancrée — constitue un socle essentiel.

Marcher, ici, ce n’est pas se déplacer.
C’est déjà commencer à faire de l’architecture.

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