
Que faire d’un fragment architectural que l’on croise chaque jour sans vraiment le regarder ?
À l’École Spéciale d’Architecture, cette question a constitué le point de départ d’un exercice mené par les étudiants de L2S2 (deuxième année, semestre 2 du cycle Licence). À partir des colonnes de l’école, éléments familiers du paysage architectural de l’ESA, les étudiants ont exploré une réflexion située à la croisée de l’architecture, de la scénographie, du design et du paysage. Plus qu’un simple exercice d’observation, ce travail invitait à considérer l’existant comme une matière active de projet.
APPRENDRE À REGARDER AUTREMENT
Avant de concevoir, il faut apprendre à regarder.
Ce premier exercice de semestre proposait précisément ce déplacement du regard : partir d’un élément présent, connu, presque invisible à force d’habitude, pour en révéler les potentiels architecturaux. L’enjeu n’était pas de reproduire une forme ou de documenter un objet patrimonial, mais d’interroger ce qu’un fragment architectural peut produire dans l’espace. Une colonne peut-elle devenir seuil ? Support ? Structure ? Dispositif scénographique ? Support narratif ?
À travers le relevé, le croquis, le dessin, la maquette et l’expérimentation spatiale, les étudiants ont ainsi développé une lecture sensible et analytique de ces éléments, transformant un patrimoine ordinaire en véritable terrain de conception.
ENTRE MÉMOIRE, SCÉNOGRAPHIE ET EXPÉRIMENTATION
Selon les ateliers, les approches ont pris des formes complémentaires.
Pour certains groupes, les colonnes ont été abordées comme des éléments scénographiques, ouvrant une réflexion sur la mise en espace, la circulation, le parcours et la narration architecturale. Comment mettre en scène un fragment ? Comment construire une expérience spatiale à partir d’un élément existant ? Comment faire émerger un récit architectural à partir d’une présence matérielle déjà là ?
D’autres ateliers ont exploré une approche davantage liée à la mémoire et à la matérialité, envisageant ces éléments comme un lapidarium contemporain : un espace où la pierre devient support de conservation, de transmission et de réinterprétation. Dans tous les cas, le projet interroge la manière dont l’architecture dialogue avec l’existant plutôt que de chercher systématiquement à l’effacer.
UNE PÉDAGOGIE DU FAIRE
À l’ESA, le projet se construit autant dans la pensée que dans la fabrication.
Cet exercice a mobilisé des outils essentiels de la pédagogie architecturale : représentation, prototypage, expérimentation, travail par itérations. Les maquettes, dessins et recherches produits ne constituaient pas uniquement des rendus, mais de véritables outils de réflexion permettant de tester des hypothèses, d’affiner une intention et de construire progressivement une méthode de projet.
Cette approche permet aux étudiants d’expérimenter très concrètement une idée fondamentale : l’architecture n’émerge pas d’une image figée, mais d’un processus de recherche, d’ajustement et de transformation.
PENSER L’ARCHITECTURE À PARTIR DU DÉJÀ-LÀ
Au-delà de l’exercice lui-même, ce travail pose une question profondément contemporaine : comment concevoir à partir de ce qui existe déjà ?
À l’heure où les enjeux de transformation, de réemploi et d’attention portée aux ressources occupent une place centrale dans la réflexion architecturale, apprendre à lire l’existant devient une compétence essentielle. Avec cet exercice, les colonnes de l’ESA cessent d’être un simple décor patrimonial pour devenir un support critique de projet, invitant les étudiants à développer une posture architecturale attentive, analytique et ancrée dans le réel.








