Les intensifs à l’ESA : apprendre à voir, comprendre et questionner l’architecture

publié le 6 novembre 2026

Comment apprend-on à lire un bâtiment ? En observant ses volumes, en interrogeant les usages qu’il accueille, en retraçant les choix qui l’ont rendu possible — puis en le dessinant, en le décortiquant et en le reconstruisant à une autre échelle. À l’École Spéciale d’Architecture, les intensifs de Licence proposent précisément de prendre ce temps : un temps de recherche concentré, de dialogue collectif et d’expérimentation, au cours duquel les références architecturales cessent d’être de simples images pour devenir de véritables outils de réflexion.

À l’automne 2026, les étudiants de L1S2 et de L2S2 explorent cette démarche à travers deux enseignements complémentaires, respectivement intitulés « Références architecturales I » et « Références architecturales II ». Le premier prend pour terrain d’étude les maisons manifestes, ces projets domestiques dont les partis pris spatiaux, les usages ou les systèmes constructifs ont nourri l’histoire de la discipline. Le second élargit l’enquête à des édifices remarquables, étudiés dans leurs dimensions architecturales mais aussi historiques, sociales et politiques. Les objets d’étude diffèrent ; l’exigence demeure : comprendre comment une architecture se pense et se construit avant de chercher à en tirer des enseignements pour concevoir.

L1S2 · Une maison peut-elle être un manifeste ?

Dans le cadre du premier intensif, encadré par Pierre-Maxence Renoult et Theo Pagnon, les étudiants de première année de Licence, semestre 2, découvrent l’architecture domestique à travers un corpus d’environ vingt maisons emblématiques. Des villas de la Renaissance, dont la Villa Rotonda d’Andrea Palladio, aux expérimentations modernes et contemporaines, ce parcours traverse les époques et les contextes. Il ne s’agit pas de dresser un inventaire de maisons célèbres, mais de comprendre ce qui, dans chacune d’elles, exprime une manière particulière d’habiter, de composer l’espace et de défendre une idée de l’architecture.

Répartis en groupes de trois ou quatre, les étudiants sont invités à mener une enquête précise : comment le projet organise-t-il les circulations ? Quel rôle jouent la lumière naturelle, les proportions, les matériaux et les relations entre intérieur et extérieur ? Quels principes constructifs accompagnent les intentions architecturales ? Lire une maison, c’est apprendre à mettre en relation ses qualités sensibles et les décisions concrètes qui ont façonné sa conception.

Cette recherche s’appuie sur la documentation et l’iconographie disponibles, mais elle se prolonge surtout par la représentation. Plans, coupes, élévations et axonométries sont redessinés selon un langage graphique commun, afin de rendre lisibles les caractéristiques des projets et de permettre leur comparaison. Parallèlement, des exercices plus libres invitent les étudiants à produire leur propre interprétation : condenser une architecture en quelques traits, traduire son identité dans un signe ou mettre en évidence ce qui la rend singulière. La représentation n’est alors plus seulement une technique ; elle devient une méthode d’analyse et un espace d’invention.

Les maquettes complètent cet apprentissage. Réalisées à plusieurs échelles, y compris à l’échelle du détail, elles permettent d’interroger les volumes, les assemblages et les rapports entre structure et espace. En manipulant la matière, les étudiants éprouvent physiquement des principes qu’ils ont d’abord découverts dans les documents. Le programme prévoit enfin la réalisation d’un « carnet de maisons » collectif, destiné à réunir les analyses de la promotion et à constituer un répertoire de références mobilisable dans les futurs projets. Ainsi se construit, dès la Licence, une culture architecturale à la fois partagée, critique et personnelle.

L2S2 · Comprendre les édifices dans leur époque

En deuxième année de Licence, semestre 2, l’intensif encadré parUrsula Biuso et Bertrand Verney approfondit la démarche et change d’échelle. Organisée du 5 au 9 octobre 2026, cette semaine de travail se concentre sur l’étude d’édifices remarquables ayant marqué l’histoire de l’architecture au cours des deux derniers siècles. Chaque groupe de quatre étudiants choisit un bâtiment et mène une recherche qui conjugue analyse formelle, compréhension structurelle, examen des fonctions et interprétation critique.

L’enjeu n’est pas de reproduire des planches déjà publiées ni d’accumuler des informations sur une œuvre. Il consiste à reconstituer les raisonnements qui ont conduit à ses choix architecturaux : pourquoi telle forme, telle organisation, tel système porteur ? Comment les matériaux et leurs modes de mise en œuvre participent-ils à la qualité des espaces ? Quelles innovations techniques ont rendu le projet possible et comment celles-ci dialoguent-elles avec les usages ? À travers croquis exploratoires, plans, coupes, élévations, axonométries, détails et textes de synthèse, les étudiants apprennent à élaborer une lecture argumentée, fondée sur l’observation autant que sur le questionnement.

Cette lecture se nourrit d’une dimension historique essentielle. Le bâtiment n’est jamais isolé du monde dans lequel il a été conçu : les mutations sociales, les contextes culturels et politiques, les conditions économiques et les transformations des techniques éclairent ses choix. Une frise chronologique collective couvrant environ deux cents ans permet de croiser les édifices étudiés avec les mouvements, les événements et les idées qui ont façonné leur époque. La recherche des filiations architecturales — ce qui a pu inspirer une œuvre, mais aussi ce qu’elle a inspiré — aide à comprendre l’architecture comme une histoire de transmissions, de ruptures et de réinterprétations.

Au fil de l’intensif, l’analyse prend corps dans les planches et dans différentes maquettes : conceptuelles, contextualisées et constructives, jusqu’à l’étude d’un détail représentatif. La fabrication devient un outil pour explorer les intentions de l’architecte et les liens entre système constructif et expérience spatiale. Le dispositif mobilise également les échanges avec les enseignants des cours et ateliers, afin que les recherches puissent résonner avec les autres apprentissages du semestre. Le programme prévoyait une restitution des travaux sous forme d’exposition le 9 octobre, ainsi que leur rassemblement dans un document collectif.

Dessiner, fabriquer, débattre : la culture architecturale en action

Ces deux intensifs ne poursuivent donc pas exactement le même objectif. En L1S2, l’étude approfondie de maisons manifestes permet de développer les premiers outils d’une lecture spatiale, de construire un vocabulaire de représentation et d’exercer son regard sur les façons d’habiter. En L2S2, l’analyse d’édifices remarquables fait davantage place aux relations entre architecture, contexte, innovation technique et histoire, pour conduire les étudiants vers une position critique plus construite. Ensemble, ils dessinent une progression pédagogique dans laquelle les références ne sont jamais une fin en soi.

Leur point commun tient autant aux méthodes qu’à l’état d’esprit : travailler en groupe, confronter les observations, expliciter les choix, représenter pour comprendre et fabriquer pour vérifier des hypothèses. L’étudiant n’est pas seulement invité à reconnaître une architecture : il apprend à la questionner, à l’interpréter et à mobiliser les connaissances acquises dans sa propre démarche de projet.

À l’ESA, cette articulation entre culture architecturale, recherche, dessin et expérimentation nourrit une conviction pédagogique : regarder attentivement les architectures du passé et du présent est aussi une manière d’ouvrir les possibilités de celles de demain.

Pour aller plus loin

Vous souhaitez découvrir comment ces apprentissages s’inscrivent dans le cursus de Licence, des enseignements théoriques aux ateliers de projet ? Consultez le Livret des Études de l’ESA pour explorer le programme, l’organisation des semestres et les approches pédagogiques de l’ESA.

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